Mon homosexualité : se découvrir gay à l’adolescence

Une deuxième naissance s’opère lorsque l’on se découvre gay à l’aube de l’adolescence, voici mon témoignage.

Un cheminement progressif

Durant, mon enfance, je ne pensais pas être gay et je garde un assez bon souvenir de cette période. J’étais avec les jeunes garçons de mon âge et je participais moi aussi à ce clivage fille-garçon qui est courant dans les écoles primaires. Peu à peu, j’ai senti chez mois une mutation et j’ai commencé à fixer et à constater mon attirance pour le torse des hommes et des jeunes adultes. Cette trajectoire ne s’est jamais démentie et a débouché à l’âge de 14 ans sur une attirance consciente et sexuelle de mes partenaires masculins.

Le début d’une angoisse

Au départ, j’ai accueilli cela à la fois comme une maladie et un privilège. J’aimais cette sexualité et je ne voulais pas changer ce bonheur procuré à la vue d’un homme, cette excitation transgressive à la saveur particulière. A contrario, je redoutais le regard des gens, l’hétéro-normalisation que j’expérimentais chaque jour au collège et que j’admettais pour ne pas me faire « piquer ». Oui, mais pour combien de temps ? Cette question je me la suis posé jusqu’à mon dix-neuvième anniversaire, jour de mon coming-out. Le processus d’adaptation a donc été très long, surtout que j’ai une apparence assez virile, ce qui m’a ouvert les portes de groupes de garçons adeptes des blagues et des allusions homophobes. Tout en les comprenant et en rigolant par l’inventivité de certaines de leurs blagues, je trouvais cela injuste et je me sentais « sale ». Je me cachais, j’étais un traître, une taupe-fiotte.

Tout le monde accepte, certains changent

Dans mon entourage, famille, amis, tout le monde a accepté mon coming out mais j’ai perdu certains de mes amis qui se sont séparés progressivement de ma présence. A contrario, je me suis fait beaucoup de compères homos, ce qui m’a fait énormément de bien. Je regrette tout de même le processus de « communautarisation » qu’a engendré mon coming-out. La mentalité des gens n’est pas globalement mauvaise, ce que je préfère pointer du doigt dans mon expérience c’est la pensée des gens par rapport à ce qu’ils spéculent que les autres vont penser.

Une phrase qui me fait mal

Il y  a une phrase qui me fait mal, davantage que les « sales PD » ou « gros fok » pour prendre les plus violentes, c’est celle qui consiste à dire « les homos ils ne me dérange pas, mais qu’ils ne viennent pas me parler ». Donc je ne les dérange pas mais je n’ai pas le droit de rentrer en contact avec eux sous peine d’être soupçonné de tentatives de séduction. En refusant mon altérité, je deviens un fantôme, une mauvaise blague, celui que tout le monde accepte mais que personne n’écoute.

Julien